Un enfant qui naît dans une famille militaire n’a rien à redire sur le mode de vie nomade auquel il est assujetti. Avant qu’il ait atteint ses trois ans, cet enfant aura fort probablement déjà déménagé au moins deux fois. Il est également fort probable que cet enfant ait eu à vivre sans l’un de ses parents à cause d’un déploiement ou d’un autre facteur susceptible d’éloigner un militaire, souvent pendant des périodes prolongées. Malgré cela, la famille, une fois laissée à elle-même, apprend à maîtriser la situation à sa façon à elle.

Une « doudou » est devenue cet objet particulier qui a aidé ma fille à affronter le mode de vie militaire. Si vous regardez bien cette vieille courtepointe pour berceau, piquée à la main et fabriquée dans le style de Peter Rabbit de Beatrix Potter, vous serez probablement étonnés par son triste état d’usure. Cette couverture, que j’ai fidèlement lavée chaque semaine depuis la naissance de ma fille, est devenue presque transparente après avoir, tant de fois, été tortillée et trempée dans la boue, avoir servi de super jouet pour le chien et de maison de poupées. La doudou a été de toutes les occasions!

Mais ce que vous ne voyez pas, ce sont les larmes, ses larmes lorsqu’elle demandait « Quand papa reviendra‑t‑il? », ses larmes quand elle disait « Je ne veux pas déménager encore une fois. Je commence à peine à me faire des amies! » ou « Je ne sais pas comment m’exprimer tellement j’ai peur ». La doudou était sa sécurité. Même quand il n’y avait pas grand-chose que maman ou papa pouvait dire ou faire, la doudou faisait encore mieux. C’est tout simplement comme ça, un mécanisme d’adaptation, une sécurité sous forme de tissu que nombre d’entre nous ne peuvent comprendre. Au fur et à mesure que ma petite fille grandissait, ses craintes se sont transformées en angoisse et en dépression.

Elle a toujours sa doudou, mais celle‑ci occupe désormais une place spéciale sur son lit. Elle ne s’y réfugie plus et ne lui confie plus ses conversations. Elle peut toutefois compter sur les services d’un travailleur social du CRFM pour obtenir de la rétroaction, une personne réelle avec qui elle peut partager ses craintes et ses préoccupations. Pendant ses 17 ans comme personne à charge d’un militaire (après neuf déploiements, cinq déménagements (dont un à l’étranger), huit anniversaires sans la présence de son père et six écoles différentes), ma fille a surmonté d’énormes obstacles. Elle devient une magnifique jeune fille, bien dans sa peau.